
“L’un des rouages les plus importants de la complicité active de la France dans le génocide du peuple palestinien”. C’est ce que sont venues dénoncer une centaine de personnes qui se sont rassemblées à l’aube ce lundi 13 avril à l’appel de la coalition Guerre à la guerre, pour bloquer le site de Thales à Gennevilliers en banlieue parisienne (92).
Le site de Gennevilliers est le siège de la branche dédiée aux télécommunications militaires de Thales, celle-là même qui produit les composants de drones qui permettent à Israël de surveiller, cibler et bombarder à Gaza, mais aussi des équipements électroniques essentiels au fonctionnement d’armes utilisées pour semer la destruction et la mort partout dans le monde, comme par exemple ceux de l’avion de combat Rafale.
Au lever du jour, des petits groupes de personnes convergent soudain, parfaitement synchronisés, pour occuper le rond-point sur lequel donne l’entrée du site. En quelques minutes, ce sont plus de cent personnes qui déploient banderoles et drapeaux au son de la fanfare pour suspendre le flux des véhicules émergeant de la voie rapide pour accéder aux immenses bureaux vitrés qui s’élèvent derrière les hautes barrières du site.
Syndicalistes, militant·es de la cause palestinienne, antiracistes, écologistes et antimilitaristes se mêlent pour discuter et distribuer des tracts aux salarié·es et aux automobilistes à l’arrêt. Des soutiens à coup de klaxon se font entendre et des poings levés sortent des camions en solidarité avec le blocage.


Une fois l’espace occupé, les slogans contre la complicité de Thales laissent place à une ambiance plus solennelle : les participant·es ont honoré la mémoire de celles et ceux dont la vie a été ôtée ou irréversiblement traumatisée par les technologies mises au point et commercialisées entre ces murs. Ce blocage leur rend aussi hommage. Pas d’avions de chasse, pas de drones de combat : ce sont des lanternes aux couleurs de la Palestine qui se sont élevées dans le ciel de Gennevilliers tandis qu’était lu un texte écrit par un camarade palestinien pour l’occasion.
“Ce que nous tenons ici dans nos mains est pour nous bien plus qu’un hommage. Ces lanternes portent les couleurs de la résistance, celle de ces peuples et des ces personnes décidées à rester libres qui ont vu leurs vies leur être enlevées. Ces lanternes de papier, en s’envolant, vont illuminer le ciel de ces couleurs et vont l’arracher un instant aux ombres qui l’occupent habituellement”.


L’arrivée des forces de police n’aura pas empêché ce temps de recueillement. Devant les CRS qui s’équipent et se tiennent prêt·es à lever le blocage, l’hommage terminé et un embouteillage massif s’étant désormais répandu sur l’autoroute desservant le site, les manifestant·es se regroupent pour quitter les lieux en cortège, leurs slogans et le son de la fanfare résonnant toujours dans les rues de la zone industrielle.
Au moment où les flottilles internationales pour Gaza prennent la mer, ce blocage a permis, depuis la terre, de perturber pendant une heure l’impunité si bien rôdée qui permet aux industriels et aux États de récidiver en matière de crimes contre l’humanité. Chaque jour, le travail fourni par ses ingénieur·es rapporte des milliers d’euros à Thales et ses actionnaires. En 2025, Thales a enregistré un chiffre d’affaire record de 22,1 milliards d’euros. Des profits indexés sur les atrocités de masse auxquelles la France et ses alliés participent ou qu’ils facilitent.
Si ce blocage n’aura pas brisé à lui seul la chaîne de production made in france qui facilite le génocide et la colonisation en Palestine, il s’inscrit dans une vague d’actions accompagnant l’élan des flottilles qui prennent en ce moment même la mer vers Gaza pour briser le blocus, et dans une campagne au long cours contre Thales, dont la complicité ne s’arrête pas aux crimes commis par Israël en Palestine, au Liban ou en Iran. Armées impérialistes et coloniales, dictatures et régimes autoritaires, milices sécuritaires et traque des exilé·es aux frontières : Thales est un acteur majeur de la guerre globale menée contre les peuples partout dans le monde.
Par ce blocage, nous sommes venu·es exiger la fin de l’ensemble des contrats et partenariats entre Thales et Israël, mais aussi dénoncer l’ensemble de ces activités mortifères.
Faire la guerre à la guerre, c’est s’attaquer à un système à armes inégales. Mais ce blocage révèle que l’industrie d’armement, pilier de la violence impériale, coloniale et raciste de l’État français, reste tangible et atteignable. Alors que les puissances impérialistes nous amènent au bord de la destruction totale, alors que les massacres se suivent et se répètent en Palestine, en Iran, au Liban et ailleurs, nous appelons à multiplier les actions contre Thales et contre tous les acteurs du système global de guerre et de contrôle qui sévissent à travers le monde.
Guerre au génocide, guerre à Thales, guerre à la guerre !








Photos : @regardbrut

